Jus de Bissap d’Abyssinie

Très connue en Afrique de l’Ouest sous le nom de karkadé, de bissap, mais aussi de boisson des pharaons, cette infusion sucrée de fleurs d’hibiscus à la menthe & aux divers parfums est aussi simple que rafraîchissante, d’un rose soutenu très frais, et pleine de vertus. Je fête l’arrivée des beaux jours en en préparant deux bouteilles que je conserve plusieurs jours au frais.

Pour voir la recette en vidéo et retrouver la source de tout ceci, c’est sur Afrokanlife que ça se passe.
N’ayez crainte : le blabla est long mais la recette brève et inratable !

Menta e ibisco…

Les mille noms : sans chercher très avant, je suis tombée sur plein de dénominations toutes plus jolies les unes que les autres, en particulier le nom de thé rose d’Abyssinie, thé Karak ou thé de l’Empire pour l’hibiscus en soi, et pour ladite boisson, oseille rouge de Guinée, hibiscus gombo, roselle (Jamaïque),  di blenni ou dabléni (Mali), seille (Guinée), foléré (Cameroun), ngai ngai (Congo), groseille pays (Antilles). Le nom de bissap est wolof (la langue la plus parlée du Sénégal), le nom karkadé provient de l’arabe karkandji (mes excuses, je ne sais pas l’orthographier en arabe).
Le bissap est consommé communément au Sénégal, au Mali, en Guinée, au Burkina Faso, au nord du Bénin, en Côte d’Ivoire, en Egypte… Une amie photographe pour qui j’ai fait la version d’aujourd’hui m’a confié que cela lui rappelait beaucoup le Sénégal, mais qu’elle le préférait un peu moins sucré comme je l’ai préparé. Au Mali, on en fait de la confiture (cela doit ressembler un peu à de la confiture de roses je pense, niveau goût et propriétés astringentes). Et on peut consommer ses feuilles et jeunes pousses…

L’hibiscus : dans les 30 000 variétés d’hibiscus, de la famille des Malvacées (comme la mauve par exemple), celui utilisé est hibiscus sabdariffa, qui pousse en Afrique occidentale. On utilise ses fleurs séchées, qui soit dit en passant sont de vraies beautés. On en trouve à prix très modique, au kilo, dans les épiceries orientales et africaines (j’en ai trouvé pour 6E le kilo à Toulouse dans un grand magasin de produits d’Afrique, versus exactement les mêmes, en épicerie fine, à … 6E les 100 grammes ! Je suis sûre que la seconde s’était fournie chez les premiers et s’était contenté de reconditionner en petits sachets en plus… c’était vraiment strictement la même chose). Veiller à bien les rincer, si un peu de sable ou de poussières se sont planqués dans les coins, comme le recommande Sénécuisine.

Les moult vertus médicinales de l’hibiscus : attention, plante magique. Anti-hypertensive, anti-inflammatoire, adoucissante, diurétique, anti-asthénique, antispasmodique, anti-oxydante et légèrement laxative. Composée d’un tas d’intéressants éléments biochimiques (acides organiques, acide citrique, anthocyanosides qui donnent la couleur rouge, flavonoïdes, mucilages, pectines, vitamine C et eugénol – huile essentielle), la belle fleur s’avère donc précieuse dans les domaines cardiovasculaires, pour l’hypertension artérielle notamment, le syndrome métabolique (en abaissant à la fois pression artérielle, glycémie, triglycérides et cholestérol total), digestifs (MICI ou maladies inflammatoires chroniques intestinales, telles que l’handicapante maladie de Crohn), problèmes hépatiques (cholagogue), dermatologiques (eczémas, oedèmes, dermatoses, abcès…), respiratoires – toux, angines, rhinites (les mucilages c’est émollient et donc toujours super pour la toux productive et les gorges douloureuses), gynécologiques (douleurs menstruelles, leucorrhées, menace d’accouchement prématuré), urinaires (diurétique et antiseptique), la goutte (effet uricosurique), les grandes fatigues et l’anémie. Pfiou !
Comme si cela ne suffisait pas, en sus de ses nombreux usages en médecine traditionnelle, l’hibiscus a aussi un intérêt cosmétique, capillaire en fait : régénération et hydratation du cuir chevelu, coloration en poudre associée au henné (avec eau chaude et vinaigre de pomme… mmh, à tester), lutte contre les pellicules, brillance et tonus, et enfin bataille contre les cheveux blancs – bon, je trouve ça joli moi les cheveux blancs, mais je cite tout ce que j’ai déniché !

Pour en savoir plus, voir Les secrets du Sahara, liste complète de bienfaits ; des explications plus précises sur les infections urinaires sur Africa Plants ; et pour plus tard, quelques liens d’ethnopharmacologie en bas de la fiche de Doctissimo. (Je ne pensais pas tomber sur une telle panacée en préparant ce billet ! Je buvais juste du bissap tout frais sans savoir tout ça :3)

La menthe : facultative, mais présente dans toutes les recettes que j’ai pu croiser. Elle se marie vraiment parfaitement avec le goût acidulé des fleurs d’hibiscus. L’idéal est bien sûr de la menthe fraîche, comme on peut le voir sur une des photos, mais la mienne refusant de reprendre correctement, je me suis rabattue, en attendant mieux, sur de la menthe marocaine Nanah séchée. Très parfumée même à l’état sec, cette dernière a ce truc caractéristique qui me fait penser à un bonbon (ça ne change rien mais bref ^.^)

Le sucre : on dose comme on veut. J’essaie pour ma part de ne pas trop forcer, connaissant mon addiction au sucre et les hypoglycémies qui s’ensuivent. Ne pas sucrer du tout reste encore une gageure pour moi, avec cette boisson…

Les parfums : hormis la menthe, ou plutôt en complément, plein de possibilités : vanille (ou sucre vanillé), fleur d’oranger, eau de rose, gingembre, muscade, fraise, ananas… Que d’expériences en prévision ! Le gingembre doit être particulièrement intéressant sur un coup de froid, rhinite ou autre. Et l’eau de rose pour les situations digestives, bien que cela me paraisse faire un peu doublon avec les propriétés de l’hibiscus.

La préparation : pour un résultat plus concentré, et vu que les fleurs sont tout de mêmes assez épaisses et coriaces, on peut préférer faire une décoction, à savoir, cuire les fleurs dans l’eau bouillante 15 mn environ (n’ajouter les autres ingrédients qu’ensuite). Je le fais plutôt en infusion, c’est plus simple et ça me convient ainsi, mais je le cite pour être exhaustive.

La conservation : au frais, en bouteille, quelques jours. Il y a quelques années, j’en ai oublié un flacon au frigo pendant, longtemps disons, je me suis retrouvée avec une boisson alcoolisée, elle avait « champagnisé » c’est-à-dire un peu fermenté, comme une limonade. C’était super bon et un peu étrange, cela dit, je ne conseille pas, le risque d’explosion (sic) est réel !

 

 

§

– 1,5 l d’eau bouillante
– 1 grosse poignée de fleurs d’hibiscus séchées
– 1 bonne pincée de menthe marocaine
– 4 càs de sucre brun
– facultatif : vanille en poudre, sucre vanillé, eau de fleur d’oranger…

Rincer soigneusement les fleurs dans l’eau froide.
Alterner dans 2 bols pour se débarrasser du dépôt au fond (voir ici).
Les essorer doucement ans un torchon propre.
Dans un saladier chaud-compatible, préparer les fleurs, la menthe, le sucre, le parfum éventuel.
Verser l’eau bouillante dessus.
Laisser infuser et refroidir 1h à température ambiante.
Puis filtrer, mettre en bouteille et au frais 3h.
Déguster très frais !

§

Verdict : c’est délicieux ! J’associerai toujours cette saveur acidulée très fine à l’arrivée des chaleurs estivales (qui commencent tôt, là, hein…). C’est facile, plaisant, ça a son petit succès si l’on apporte une bouteille chez des ami.e.s, en particulier quand tout le monde ne boit pas d’alcool et en a un peu sa claque du multifruits de base posé dans un coin… J’en fais depuis des années, il m’est même arrivé d’en emporter au boulot… Bref, même avant de découvrir toutes ces incroyables propriétés médicinales, j’étais déjà fan, donc là, encore davantage :)

Tambouillant depuis peu des gelées de fruits à base d’agar agar, je me dis que ce serait une excellente option. Mes brouillons de recettes commencent à avoir une teinte grenat… affaire à suivre.

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2 réflexions sur “Jus de Bissap d’Abyssinie

  1. Bonjour et merci pour cette page remplie de nombreuses informations sur le jus de Bissap d’Abyssinie ! L’article est super intéressant et votre écrit est très agréable à lire. La recette me tente vraiment mais je vais attendre que les beaux jours reviennent pour l’essayer ! J’ai hâte de tester ce « délicieux » breuvage…

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    • Bonjour Angelina,

      merci beaucoup de ce mot sympathique ! Cela me fait d’autant plus plaisir que l’article n’est pas si récent (et que je ne tiens pas souvent à jour maintenant), de fait je suis contente s’il peut encore être utile.

      Après, on peut boire du jus de bissap toute l’année si l’on veut, vu la relative absence d’hiver, les beaux jours ne sont pas si loin. Bonne expérimentation, j’espère que vous apprécierez, n’hésitez pas à varier les parfums si jamais !

      Merci encore, bonne suite :)

      J'aime

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